«Aujourd’hui, notre structure n’est pas à la hauteur de notre niveau électoral.» Signé par un haut responsable du Front national, le constat est largement partagé à la tête du parti. Saigné par la scission mégrétiste de 1999 puis par ses revers électoraux de 2007, le FN reste un mouvement pauvre en cadres. Il doit aujourd’hui gérer l’inexpérience ou les démissions d’un nombre significatif de ses élus, ainsi que la désorganisation de plusieurs de ses fédérations locales. Un problème pressant, alors que les campagnes de 2017 exigeront un mouvement en ordre de marche et des candidats présentables. Telle est désormais la tâche de Jean-Lin Lacapelle, nommé la semaine passée «secrétaire national aux fédérations et à l’implantation» du FN. Un poste qui n’a rien d’anecdotique : il fait de lui une sorte de doublure du secrétaire général frontiste, Nicolas Bay - même si le titre officiel de «secrétaire général adjoint» a été diplomatiquement remis à plus tard. 

Lacapelle, 48 ans, est un faux nouveau venu au FN. Il y a bien débarqué à l’automne, pour être aussitôt élu conseiller régional d’Ile-de-France. Mais cet ami personnel de Marine Le Pen connaît fort bien le parti, sous la bannière duquel il a milité à partir des années 80, été conseiller régional du Centre et occupé diverses fonctions internes. En 2010, il y a pourtant renoncé pour privilégier une carrière dans le privé, notamment comme directeur commercial chez L’Oréal. Là, il peaufine des recettes de management auxquelles va désormais goûter l’appareil frontiste. «La mode, c’est le vivre-ensemble ; moi, je veux améliorer le travailler-ensemble», résume Lacapelle, partisan d’une gestion «très humaine, mais très exigeante». Concrètement, l’homme touchera aussi bien à la structure du FN («Avoir les bons hommes aux bons endroits») qu’à la formation de ses élus («Rappeler les droits, mais aussi les devoirs») et à la préparation des élections («Avoir un responsable par circonscription, en évaluer les résultats et l’efficacité»).

Charge radicale

En creux se voient ainsi soulignées les lacunes persistantes du «premier parti de France». Mais le retour de Lacapelle représente plus que cela : c'est, avec lui, une loyauté personnelle envers Marine Le Pen qui est promue. Comme, déjà, celle d’Axel Loustau, mis en cause dans l’affaire Jeanne, et lui aussi élu conseiller régional d’Ile-de-France. Lacapelle est proche de ce dernier, comme d’un autre ex-Gudard, Frédéric Chatillon. L’arrivée de Lacapelle, et de ses réseaux dans le secteur privé, est aussi cohérente avec le visage pro-business que souhaite désormais afficher le FN, soucieux de contrer les piques de la droite sur son programme économique «de gauche». Quant à la sortie de l'euro, Lacapelle affiche un relatif moderato : «C’est pas ça l’idée, c’est différent. On veut challenger l'euro. On n’en sort pas du soir au lendemain. Cela se prépare, s’anticipe, se discute avec les entrepreneurs.»

Ne pas déduire de cela que le nouveau «DRH» du FN est partisan d’une ligne molle. Quoique jovial et habile communicant, Lacapelle assume sans soucis la charge radicale du discours frontiste sur l’immigration et l’identité. A tout prendre, il n’est d’ailleurs pas favorable à un changement de nom du parti : «Le débat est légitime, juge-t-il. Mais en termes marketing, notre marque actuelle pèse énormément : elle a un capital confiance, une force, une identité. En l’abandonnant, on recrutera peut-être de nouveaux sympathisants, mais on risque aussi de perdre des gens en route.» Un point de vue qu’il pourra développer début février, dans le séminaire qui réunira les cadres du FN pour débattre de la stratégie du parti.

Dominique Albertini    http://www.liberation.fr/france/2016/01/14/jean-lin-lacapelle-un-super-drh-pour-le-fn_142634