• Ce que Marine Le Pen a vraiment dit au juge Van Ruymbeke

    Ce que Marine Le Pen a vraiment dit au juge Van Ruymbeke

    EXCLUSIF Challenges a pu consulter l’audition de la présidente du FN comme témoin assisté dans l’affaire du financement des campagnes frontistes. Face au juge Renaud Van Ruymbeke, grand flou de la patronne du FN...

    Marine Le Pen et Renaud Van Ruymbeke AFP / montage Challenges

    Marine Le Pen et Renaud Van Ruymbeke AFP / montage Challenges

    N’allez surtout pas lui parler «gros sous», Marine Le Pen n’est au courant de rien ou presque des finances du Front national ! C’est du moins ce qui ressort de son audition du 5 janvier comme témoin assisté dans l’affaire du financement des campagnes frontistes, dontChallenges a lu le procès-verbal. Le juge Renaud Van Ruymbeke a eu beau la relancer avec des questions sur des faits révélés par l’enquête, la patronne du FN a systématiquement botté en touche.

    Après plusieurs mois d’investigations, la brigade financière suspecte pourtant que l’extrême droite a massivement gonflé les frais de ses candidats en 2012 – tracts, affiches, sites internet, etc. -, afin de maximiser les remboursements octroyés par l’Etat. Les bénéficiaires : l’agence de communication Riwal, dirigée par un proche de la présidente du Front, Frédéric Chatillon, qui jouissait d’une situation de quasi-monopole et dégageait des marges ultra-élevées, le micro-parti Jeanne qui prêtait l’argent aux candidats moyennant intérêts et le Front national qui profitait des largesses accordées en retour par Riwal.

    Mais, face au juge, la patronne du FN a soutenu qu’elle ignorait tout du montage. Même pour les dépenses de sa propre campagne présidentielle, c’est le grand flou ! Renaud Van Ruymbeke lui rapporte que la réalisation des documents de sa propagande officielle en 2012 a coûté moins de 700 000 euros à Riwal mais que l’agence de com’ s’est fait rembourser 2,56 millions d’euros par l’Etat. «Comment expliquez-vous cet écart ?», l’interroge-t-il. «J’ai donné une subrogation à Riwal. Je n’avais aucune possibilité d’avoir la moindre vision», répond-elle sans se démonter. «Ces écarts importants entre coût réel et montant facturé et remboursé par l’Etat ont permis à la société Riwal de contribuer au financement du Front national et de Jeanne», pointe le juge. «Je conteste formellement que la société Riwal ait contribué au financement de quelque manière que ce soit du Front national», rétorque-t-elle.

    La cheffe de l’extrême droite affirme n’en savoir guère plus sur le fonctionnement du micro-parti Jeanne qui prêtait l’argent aux candidats pour leurs dépenses de campagne aux élections législatives. «Messieurs Jean-François Jalkh et Steeve Briois [actuels vice-présidents du FN, ndlr]ont expliqué que vous êtes à l’origine de sa création fin 2010, début 2011», l’interpelle le juge. Les enquêteurs ont montré que Riwal mettait gratuitement des locaux, des salariés et des autoentrepreneurs à la disposition de Jeanne. «Je n’avais aucune raison d’être informée des relations entre Jeanne et Riwal», jure la patronne du FN. Elle n’avait pas même connaissance d’un crédit fournisseur de Riwal à Jeanne qui atteignait la bagatelle de 8,38 millions d’euros fin 2012 !

    Dans le bureau du juge, Marine Le Pen est aussi questionnée sur les faveurs que Riwal accordait régulièrement au Front national. «Je n’étais pas informée de cela», avance-t-elle, quand Renaud Van Ruymbeke souligne que l’agence a pris en charge en 2013 la fourniture de 44 duplicopieurs pour les fédérations FN et de deux copieurs pour sa propre permanence pour un total de 160 820 euros. «Je ne suis pas informée du détail des dettes que le Front national a à l’égard de ses fournisseurs», assure-t-elle, à l’évocation du crédit fournisseur permanent accordé par Riwal au Front (quelque 942 967 euros fin 2013). «Accordez-moi que je ne m’occupe pas de ce genre de choses», balaie-t-elle, lorsque le juge cite une facture de 412 000 euros payée par Riwal au Front pour l’impression d’une série de tracts (dans une étrange inversion des rôles entre le parti et son prestataire), alors que le travail n’a coûté que 83 736 euros au FN...

    En fait, Marine Le Pen n’a été loquace que durant sa longue déclaration liminaire. «Quand j’ai pris la présidence en 2011, j’ai refondé le Front national, j’ai eu un travail considérable, il fallait mettre en œuvre des structures nouvelles, réorganiser l’appareil du Front national, les implantations locales notamment qui manquaient beaucoup, déclare-t-elle. J’étais conseillère générale, présidente de groupe au Conseil régional, députée européenne et mon objectif c’est d’arriver au pouvoir.»

    La patronne du FN invoque aussi l’article 4 de la Constitution selon lequel les partis «se forment et exercent leur activité librement» et insiste sur sa volonté «de présenter des candidats partout à toutes les élections». Elle conclut en se plaçant en victime : «Je considère que la poursuite du Parquet est une instrumentation politique. […] Je suis moi-même l’objet d’une véritable persécution judiciaire et maintenant fiscale. Je pense donc que nous sommes là dans le fumus persecutionis tel qu’il est décrit par les textes.»

    Même si elle n’a finalement pas été mise en examen, difficile pour Marine Le Pen de se défausser totalement. Comme l’a révélé Challenges, le rapport de police sur cette affaire, transmis début août aux juges Aude Buresi et Renaud Van Ruymbeke, relève qu’«un système national avait été imposé par le Front national tant à ses candidats aux législatives 2012 lors d’un «conseil national élargi» du 1er mai 2012, qu’aux imprimeurs historiques du Front national dès avant les cantonales 2011 lors d’une réunion organisée et animée par les responsables nationaux du parti dont Marine Le Pen, nouvellement présidente, durant laquelle M. Frédéric Chatillon avait été présenté comme le nouvel intermédiaire exclusif pour tout ce qui concernait les campagnes électorales». En septembre, le Font national a d’ailleurs été mis en examen en tant que parti pour complicité d’escroquerie. Du jamais-vu pour un mouvement politique.

    Contacté les 10 et 17 mars, l'avocat de Marine Le Pen n'a pas souhaité répondre aux questions de Challenges.

    Laurent Fargues

    source Challenges


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